vendredi 31 mai 2024

Monstruosités et ambiguïtés de l’accord de Nouméa

On a l’habitude de célébrer l’accord de Nouméa dont le texte se trouve ici https://www.legifrance.gouv.fr/download/secure/file/Ce08ihoyWnhY7DotLRff
Pourtant quand on le lit, on y trouve des monstruosités et des ambiguïtés.

Commençons par les monstruosités.

Monstruosité 1 : La valorisation des autorités coutumières.

Il faut savoir que ces institutions excluent formellement les femmes. La désignation des chefs, qui ont de très grands pouvoirs en pratique, ne se fait pas sur une base démocratique mais sur une base héréditaire. Les mandats sont à vie. Ces chefs sont payés par la France. Ces autorités coutumières peuvent être en conflit avec les élus. Ce sont ces autorités coutumières qui l’emportent généralement.
Pendant la crise du Covid, un chef de Mare s’est opposée aux campagnes de vaccination dans son district. Ces mesures avaient votées à l’unanimité par le gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie. Je me rappelle avoir vue une élue indépendantiste de Mare, partisane de cette vaccination, dire qu’il fallait s’incliner devant la décision du chef.

Monstruosité 2 : On s’affranchit volontairement des règles de la grammaire française.

Dans la rédaction de l’accord de Nouméa publié au journal officiel, le terme kanak est invariable et en minuscule.
Dans l’accord de Nouméa, on écrit « des kanak, des traditions kanak », au lieu de « des Kanaks, des traditions kanakes ». S’en est même suivi une recommandation de l’administration française d’utiliser ces règles absurdes dans tous les écrits officiels.
Pourquoi le FNLKS a-t-il demandé ces règles de grammaire? L’idée est sans doute d’utiliser une langue qui n’est pas le Français. A l’arrivée des européens, les Kanaks ne connaissaient pas l’écriture et il y a encore 28 langues, toutes très différentes en Calédonie. La seule langue commune aux Kanaks est le Français. D’où l’idée d’imposer une grammaire différente pour se distinguer du Français.
Lionel Jospin savait que la langue française n’est pas la propriété du gouvernement français, que les francophones, Belges, Suisses, Canadiens, Africains et même Français n’ont pas à se soumettre en cette matière aux lubies des uns ou des autres et que l'article 2 de la Constitution dispose que "la langue de la République est le français". Il a accepté cette demande du FNLKS parce que, probablement le RPCR s’en foutait totalement et que le principe de l’accord de Nouméa est d’accepter tout ce sur quoi FNLKS et RPCR sont d’accord. C’est pourquoi on retrouve dans cet accord des choses idiotes comme ces règles de grammaire, mais aussi des choses contraires aux valeurs de la France.

Monstruosité 3 : L’accord de Nouméa est raciste. 

Toutes les oppositions se résument à l’opposition des Kanaks aux européens. On parle en termes de races et non pas en termes socio-économiques. On constate que les Kanaks sont globalement beaucoup moins riches que les Caldoches et les Métros, ce qui est vrai. On explique cela par la colonisation, ce qui est une erreur grossière et on dit que la solution consiste à prendre aux uns pour donner aux autres. La protection de l’emploi local participe de ce mythe. En pratique, on réserve aux citoyens calédoniens les emplois de l’administration, des services publics et des entreprises protégées. Cette idée n’a pas fonctionné. L’économie calédonienne, déjà mal en point, s’est carrément effondrée, malgré l’aide démesurée de l’état. Il faudra, au moins un article de ce blog, pour expliquer pourquoi cela n’a pas fonctionné et pourquoi il faut s’appuyer sur des idées diamétralement opposées pour avoir une petite chance de faire repartir l’économie calédonienne. Ce qui est certain, c’est que l’accord de Nouméa, fait des catégories dans la population calédonienne en termes d’ethnies (dont 2 seulement sont légitimes, les Kanaks et les Caldoches), mais pas du tout en termes socio-économiques telles que agriculteurs, ouvriers, etc...

Monstruosité 4 :La négation du droit du sol.

L’accord de Nouméa introduit la notion de citoyenneté calédonienne. Cette citoyenneté se transformera automatiquement en nationalité en cas d’indépendance. On crée ainsi une nouvelle nation. Pour les loyalistes signataires, il s’agit de la petite nation dans la grande nation (voir l’article du samedi 6 janvier 2018). Pour les indépendantistes, il s’agit d’une nation hors de la France ou à coté de la France.

Mais qui peut être un citoyen calédonien ? La seule chose que dit l’accord de Nouméa, c’est ceci : « La notion de citoyenneté fonde les restrictions apportées au corps électoral pour les élections aux institutions du pays et pour la consultation finale. » C’est pour le moins sibyllin. Il faut renverser cette phrase pour comprendre. Une personne qui peut voter pour la consultation finale (les référendums) et pour les élections provinciales est un citoyen calédonien.
Il s’agit de deux corps électoraux, le premier est clairement gelé dans l’accord de Nouméa, le second est gelé après la modification constitutionnelle de 2007. Toute personne née sur le territoire après 1998 et qui n’est pas l’enfant d’un citoyen calédonien ne pourra jamais devenir citoyen calédonien, ses descendants non plus. Le droit du sol n’existe pas
Cela va à l’encontre de tous les principes de la république. Si on avait la même règle pour la nationalité française, une bonne partie de la population vivant en France n’aurait pas la nationalité française. La plus grande partie des équipes de France qui ont gagné les coupes du mondes en 1998 et 2018 n’aurait pas la nationalité française.

Monstruosité 5 : La Nouvelle-Calédonie est à la fois dans l’Europe et au-dehors de l’Europe. Je n’y reviendrais pas, ayant décrit cette monstruosité dans plusieurs articles de ce blog.

Monstruosité 6 : L’accord de Nouméa fixe des règles pour la durée de l’accord. Cela paraît normal. Il semble aussi fixer des règles pour après la fin de l’accord en empêchant à l’avance les citoyens de modifier la constitution. En démocratie, une constitution ne peut pas être figée. Le peuple a toujours le pouvoir de modifier sa constitution. Par exemple, on peut écrire dans la constitution que le mode de scrutin pour élire les députés est le scrutin majoritaire à 2 tours, c’est normal. On ne peut pas écrire que ce mode de scrutin ne pourra jamais être changé et que la proportionnelle ne pourra jamais être employée.
Par exemple, aujourd’hui l’accord de Nouméa étant arrivé à son terme et la Nouvelle-Calédonie faisant toujours partie de la France, rien ne devrait interdire de faire disparaître la citoyenneté calédonienne ou de modifier le corps électoral pour les élections provinciales. Je ne dis pas que c’est ce qu’il faut faire mais l’idée qu’une génération pourrait dicter à la prochaine génération ce qu’elle devra faire est une idée folle.


Avant de passer aux ambiguïtés de l’accord de Nouméa, il faut se demander pourquoi Lionel Jospin a signé ce texte dont la plupart des idées le révolteraient en France. Ce serait bien qu’il le dise lui-même. En attendant, je vais essayer une explication.

Pour Lionel Jospin, l’accord de Nouméa, c’est un traité de paix entre le FNLKS et le RPCR, un traité qui garanti la paix pour au moins 20 ans. L’état Français est là, uniquement pour financer cet accord et pour garantir impartialement son application. Il n’est pas là pour dire ce qu’il doit y avoir dans cet accord. Les volontés, sans doute sincères, des 2 parties de vivre ensemble et qui parlaient du destin commun, lui ont suffit. De plus, il croyait fermement que l’accord déboucherait vers une indépendance heureuse et que ce serait un exemple de décolonisation réussie. Dans une tribune du Monde, Lionel Jospin explique les troubles actuels par l’intransigeance de Macron. S’imagine-t-il que si le résultat d’un référendum avait conduit à l’indépendance, on n’aurait pas eu le déferlement de violence que l’on constate aujourd’hui ? Il aurait eu lieu pour les mêmes raisons. La seule différence, c’est que l’état français n’aurait eu aucune légitimité pour rétablir l’ordre. Qu’aurait fait le gouvernement calédonien qui est indépendantiste, pour rétablir l’ordre, nul le sait.

Abordons maintenant les ambiguïtés de l’accord de Nouméa.

Ceux qui ont voté pour les référendums, l’ont fait sans que des conséquences essentielles de ce vote ne soient éclaircies. J’en ai parlé dans les articles du mardi 27 juin 2017, du mercredi 28 juin 2017, du dimanche 15 octobre 2017. Ces ambiguïtés n’ont pas encore été levées.

Par contre la question de la double nationalité a été éclaircie.

Dans l’article du jeudi 10 août 2017, je dis «  Il me semble que les citoyens Calédoniens devraient avoir le droit de choisir entre la nationalité calédonienne et la nationalité française mais pas de conserver les deux.
Il me semble aussi que les partisans de l’indépendance restent très flous sur cette question de nationalité ».
Ce n’est que 15/7/2021 qu’une réponse a été apportée dans le « document sur les conséquences du oui et du non ». Ce document se trouve ici : https://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Elections/Elections-2021/REFERENDUM-2021/Les-consequences-du-oui-et-du-non/Le-document-sur-les-consequences-du-oui-et-du-non

C’est dans ce document que l’on lit qu’en cas de OUI, les citoyens calédoniens qui deviendront les nationaux du nouvel état perdront la nationalité française.
Ce document essentiel aurait du être publié avant la signature de l’accord de Nouméa et au minimum avant le vote pour les référendums.

On peut dire que les Calédoniens qui ont voté pour l’accord de Nouméa et pour les 2 premiers référendums ont voté sans savoir ce qu’ils votaient. Cette clarification essentielle n’a été apportée que pour le troisième référendum.

Pour moi, c’est la raison pour laquelle le FNLKS a refusé de participer au troisième référendum et qu’il s’est alors persuadé que seule la voie de la violence permettrait d’obtenir l’indépendance. Ce n'est pas idiot. Il est possible et même probable qu’un référendum avec la question « Voulez-vous que la France se retire de Nouvelle-Calédonie ?» obtiendrait une grande majorité de OUI en métropole.

Christian Bernardi

lundi 27 mai 2024

La jalousie

Michel Rocard, dans les années 2000, expliquait, « l’indépendance, vous l’avez déjà ». C’est vrai, presque toutes les compétences ont été transférées à la Calédonie. Le congrès et le gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie sont à majorité indépendantistes. Le chef du gouvernement et le président du Congrès sont des Kanaks indépendantistes.

Le vote pour l’indépendance se serait traduit par le simple transfert des compétences régaliennes dont la plus importante dans la vie quotidienne est celle du maintien de l’ordre.
Même si, actuellement, l’état a beaucoup de difficultés à rétablir l’ordre, la population calédonienne sait que cela serait bien pire si l’état français et ses forces de l’ordre étaient absentes.

Je note d’ailleurs que le gouvernement indépendantiste ne réclame pas que la charge du maintien de l’ordre lui soit transféré en cette période trouble. Les indépendantistes pensent ils que s’ils obtiennent l’indépendance maintenant l’état Français va leur prêter ses gendarmes ?

Après cette digression, j’en reviens au titre de l’article qui aurait pu être « La haine ». 

Quand je suis arrivé à Nouméa en 1999, j’ai été frappé par la richesse des Caldoches. Cela se voit au premier coup d’œil et si on creuse un peu plus on s’aperçoit que ceux que l’on avait cru aisés sont véritablement très riches. C’est généralement proportionnel à l’ancienneté de la famille sur le territoire. Plus l’ancêtre fondateur est arrivé tôt, plus ses descendants sont riches. Cette règle a beaucoup d’exceptions, mais reste la règle de base. 

La ville est très belle avec des équipements bien meilleurs que ceux de la plupart des villes françaises. Je peux comparer la plage de l’Anse-Vata et de la baie des citrons avec les plages de Marseille ou de Cassis. C’est le jour et la nuit au niveau des équipements comme les toilettes, les douches, les tables pour s’asseoir, les bancs, les pelouses, les pavements, les arbres. Il y a évidemment aussi la place pour chaque occupant, la chaleur de l’eau et ce que l’on voit sous l’eau, mais ces derniers éléments ne sont pas dus à l’homme.
Même si Nouméa manque d’unité architecturale, il y a beaucoup de villas luxueuses et de belles résidences avec des vues magnifiques. A coté de cela, il y a des non-européens, principalement Kanaks qui n’ont pas grand-chose, ni instruction, ni qualification, ni emploi. Beaucoup sont venus à Nouméa ou dans sa banlieue en quittant leurs tribus dans le Nord pour se retrouver dans des squats, sortes de bidonvilles. C’est un phénomène fréquent dans le tiers monde, mais relativement récent en Nouvelle-Calédonie. Beaucoup avaient rêvé de l’indépendance. 

Une fois, j’ai croisé des jeunes kanaks, prés la baie Maa, ils m’ont dit en montrant le paysage « En 2018, tout sera à nous ». 
Les émeutiers sont des jeunes qui veulent détruire le pays parce qu’ils ont compris qu’ils n’auraient jamais le niveau de vie qu’ils rêvent. Ils passent leur vie à boire, à fumer du cannabis. Ils volent des voitures parce que c’est leur seul moyen d’en avoir. Il n’y a pas de RSA et aucun avenir pour eux. Ils préfèrent voir s’effondrer le pays que de laisser tranquille les blancs de Nouméa. Ils se sont attaqués aux quartiers les plus pauvres parce que c’est principalement là ou ils vivent, mais leur but ultime, ce sont les quartiers Sud. Pour eux, l’indépendance, c’est chasser les blancs de leurs villas pour les occuper à leur place. 

L’animosité envers les blancs mais aussi envers toutes les autres ethnies a beaucoup augmenté depuis que je suis arrivé à Nouméa en 1999. « La Calédonie sauvage » est la bible des randonnées en Nouvelle-Calédonie. « Le contour des grosses gouttes » est un itinéraire qui permet de découvrir la vallée de la Thy à partir de la tribu de Saint Louis. Il faut garer sa voiture à coté de la tribu de Saint Louis. Je l’ai fait seul en 2000. J’ai retrouvé ma voiture intacte. Un an ou deux plus tard, sur la route du Mont Dore, j’ai pris en stop un Kanak que j’ai déposé à la tribu de Saint-Louis. Je lui ai demandé si c’était possible de me garer à nouveau à cet endroit. Il m’a dit que non et d’attendre. Depuis, ce serait du suicide de refaire ce que j’ai fait en 2000. Cette route est un cauchemar quotidien pour les habitants du Mont-Dore qui sont nombreux à travailler à Nouméa. Les caillassages sont fréquents, les tirs partants de la tribu aussi. Il y eu plusieurs morts. Les blocages de la route sont monnaie courante. Quand les gendarmes osent rentrer dans la tribu pour rechercher un délinquant, ils viennent en force et se font tout de même tirer dessus.

Ça c’était le quotidien des habitants du Mont-Dore, ces dernières années. Depuis le 13 mai, le Mont-Dore et tout le Sud de la Nouvelle-Calédonie ne peuvent être joints que par bateau.

Dans quelques jours, les fours de la SLN vont s’arrêter parce que le minerai nécessaire pour alimenter les fours ne peut pas être acheminé. Des fours qui s’arrêtent ne peuvent pas repartir. 2000 personnes supplémentaires perdront définitivement leur travail, toutes ethnies confondues.

Difficile de savoir si le calme reviendra temporairement, mais il est impensable que l’économie redémarre et que la confiance revienne. La haine a d'ores et déjà  triomphé.
Les blancs ne songent qu’à fuir, mais ce n’est pas facile quand on est propriétaire de son logement et que l'on n'a que cela comme patrimoine, que l'on a perdu son emploi ou qu'on a une très petite retraite. Tout le monde pense que la France n’arrêtera pas les émeutiers et qu'elle sera forcée de se retirer. Tout le monde espère qu'elle essayera de protéger les citoyens français. Comment ? Personne n'en sait rien. 

Christian Bernardi

Rectificatif du lendemain :  Cette phrase " Tout le monde pense que la France n’arrêtera pas les émeutiers et qu'elle sera forcée de se retirer. " est trop pessimiste. On peut espérer que les commanditaires des émeutiers seront arrêtés et que le calme reviendra.

samedi 25 mai 2024

La Nouvelle-Calédonie ne peut pas devenir indépendante démocratiquement.

 

Dans l’article du 17 mai 2024 intitulé « Le pari perdu du FNLKS », j’ai expliqué pourquoi la part de la population Kanake diminue.

Mais cela ne suffit pas à expliquer les échecs des indépendantistes aux référendums. En effet l’accord de Nouméa augmente artificiellement la part de la population Kanake. Ainsi on peut lire dans Wikipédia « Lors d’une conférence de presse le 18 septembre 2018, le FLNKS estime que 63 % des 174 154 électeurs inscrits sur la liste électorale spéciale sont kanaks, soit 109 892, dont 80 120 au statut relevant du droit coutumier et 29 772 au statut civil. »

Et pourtant 43 % des électeurs ont voté pour le OUI pour le référendum de 2018.

J’ai assisté à une conférence de Michel Rocard dans les années 2000. Il expliquait, « l’indépendance, vous l’avez déjà ». C’est vrai, presque toutes les compétences ont été transférées à la Calédonie. Le vote pour l’indépendance se serait traduit par le simple transfert des compétences régaliennes dont la plus importante dans la vie quotidienne est celle du maintien de l’ordre. Les électeurs Kanaks ont probablement été très nombreux à penser que le maintien de l’ordre serait mieux assuré par l’état français que par le gouvernement Calédonien et ont voté en conséquence.

Même si, actuellement, l’état a beaucoup de difficultés à rétablir le calme, je suis persuadé que la population calédonienne, toutes ethnies confondues, sait que cela aurait été bien pire si l’état français et ses forces de l’ordre avaient été absentes.

Je prévois donc une forte baisse du vote en faveur du transfert des compétences régaliennes lors d'un prochain référendum.

Christian Bernardi

mercredi 22 mai 2024

La faillite de l’état français et le triomphe de la violence.

 La gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a en charge toutes les compétences d’un état (éducation, santé, etc..) sauf les compétences régaliennes (justice police, armée et affaires étrangères). Les trois référendums portaient uniquement sur ces compétences. Fallait il les laisser à la France ou les transférer à la Nouvelle-Calédonie ? Les Calédoniens ont voté pour dire que ces compétences devaient continuer à être assumées par l’état français. Or on assiste depuis 10 jours maintenant au saccage de la Calédonie, sans réponse de l’état. 

La plupart des entreprises, des écoles, des magasins, des centres médicaux ont brûlé. L’hôpital est inaccessible. Les émeutiers ont érigé des barrages. Une de mes connaissance a voulu aller voir sa mère de 88 ans et il devait passer un barrage. Sa voiture a été inspectée par les émeutiers qui lui ont dit « Enculé de bâtard de blanc, baisse les yeux quand tu nous parles ». Il est reparti vivant et sa voiture n’a pas été confisquée. Il peut s’estimer chanceux. Maintenant, il passe ses nuits, à l’entrée de son quartier pour empêcher l’intrusion des émeutiers. Au début, le Haussaire disait à ceux qui défendent l’accès de leurs quartiers de laisser faire les forces de l’ordre, maintenant les gendarmes remercient ces personnes car ils avouent ne pas être en capacité d’empêcher les émeutiers d’entrer. Dans le grand Nouméa, seul le centre-ville de Nouméa est épargné à cause de ces habitants qui restent éveillés la nuit, mais les industries, ne sont pas là, elles sont à la périphérie. A Ducos, les industries et magasins brûlent continuellement. Les forces de l’ordre sont totalement absentes. Les habitants ont peur qu'après les entreprises se soient les maisons qui brûlent. Les denrées alimentaires sont au port mais ils ne peuvent pas arriver dans les magasins qui n’ont pas encore brûlé. Dans le centre-ville, on est rationné mais globalement cela se passe bien. Il m’a fallu 40 minutes de queue pour obtenir des médicaments dans une pharmacie, mais ceux qui habitent la banlieue n’ont plus accès ni aux médicaments, ni au médecin, ni à l’hôpital, ni aux centres de dialyse.

On a vu des blindés dégager les 60 barrages qui étaient sur la route de l’aéroport. Une journée plus tard, ils étaient reconstruits.

Depuis que l’armée est mise à contribution, rien n’a changé. Cela continue à brûler.

C’est une guerre et l’état continue à traiter ces émeutiers comme ils le ferait pour des manifestants. Je crois que la consigne, de part et d’autre, est « pas de morts ». C’est certain que 6 morts, c’est très faible.

Et c'est donc une réussite de ce point de vue, mais ce sont des dizaines de milliers de personnes qui se trouvent sans travail et la peur au ventre. Tout le monde veut fuir, même certains Kanaks, même les fonctionnaires, car cette insécurité ne cessera jamais. Mais comment fuir en laissant un appartement ou une maison avec souvent un emprunt en cours? Impossible de vendre car il n’y a pas et il n’y aura jamais plus d’acheteurs.
De toutes façons, l’économie est détruite et plus personne ne voudra investir en Calédonie. Les commanditaires des émeutiers vont gagner, mais toute la population Calédonienne y compris les Kanaks aura perdu.

L’état a complètement failli dans sa mission d’assurer l’ordre, mais le plus grave c’est qu’il n’a pas les moyens de rétablir l'ordre. Le seul moyen de rétablir l'ordre, ce serait de traiter ces émeutiers comme des ennemis. Cela implique de faire des milliers de morts ou au moins des centaines. Aucun gouvernement ne veut endosser cette responsabilité. Donc les forces de l’ordre ont pour consigne d’éviter le contact et de ne tirer à aucun prix, même en cas de légitime défense. Le plus sûr c’est d’éviter soigneusement les points chauds comme Ducos où elles n’ont jamais mis les pieds. Le plus simple, c’est de rester dans les véhicules blindés et de nettoyer inlassablement des barrages sur la route de l'aéroport.

Christian Bernardi

dimanche 19 mai 2024

Que faire maintenant ?

Il faut, bien évidemment, d’abord, rétablir l’ordre.

Ensuite, il faut savoir faire des concessions et rendre la parole au peuple.

Il faut arrêter la modification de la constitution en cours et programmer un référendum tous les 15 ans (cela peut se faire avec une périodicité moindre, 10 ans ou plus longue, 20 ans). Le premier référendum doit avoir lieu le plus vite possible, donc en 2025.
Ces 2 mesures sont liées. On ne peut pas faire l’une (l’arrêt de la modification de la constitution) sans l’autre (le premier référendum).

Pour participer à ces référendums, il faudra être né sur le territoire ou avoir une durée de résidence de 30 ans. Si le OUI l’emporte, chacun pourra choisir entre la nationalité calédonienne et la nationalité française, mais personne ne pourra avoir les deux nationalités.

Si le résultat d’un référendum est NON, tous les Français résidant sur le territoire voteront pour les élections provinciales, sans aucune condition de durée de résidence.

Si le OUI l’emporte à un référendum, seuls les nationaux du nouvel état voteront pour les premières élections provinciales. Le nouvel état sera ensuite seul souverain pour définir les collèges électoraux.

Christian Bernardi

J'ai écrit les lignes ci-dessus, le 19 mai. Aujourd'hui 21 mai, je pense que ce plan ne marchera pas. Il n'est acceptable ni par les indépendantistes, ni par les loyalistes. 

Je ne vois rien qui permette de sortir de cette guerre. La toute petite partie de la population kanake qui veut le départ des autres ethnies de la Kanakie est trop déterminée et trop sûre de son bon droit pour accepter de renoncer. Ils peuvent accepter une trêve de quelques années, c'est le mieux que l'on puisse espérer. 
Evidemment les autres ethnies ne veulent et ne peuvent quitter la Nouvelle-Calédonie. La guerre est installée pour une très longue période. On a eu une rémission de 30 ans car chacune des parties a cru qu'elle pouvait atteindre son but par le processus de l'accord de Nouméa. On voit que cela n'a rien réglé et que le destin commun ne se fera jamais.
En attendant il faut d'abord rétablir l'ordre, juger et mettre en prison les émeutiers.

La loi constitutionnelle, il faut la promulguer pour monter que la violence ne paye pas en démocratie.

La mission de dialogue, c'est juste du temps perdu.

Il faudra garder une partie de la Calédonie pour ceux qui veulent rester Français, le reste du territoire pour ceux qui ne désirent pas rester Français. Chacun devra se déterminer sur la base du volontariat.

C’est une solution à 2 états à mettre en place.

samedi 18 mai 2024

Dégel du corps électoral

NON, les accords de Nouméa ne prévoyaient pas un corps électoral gelé pour les élections provinciales

Ce n’est pas parce que c’est répété en boucle par les indépendantistes, repris par les journalistes et affirmé par certains hommes politiques français, sans jamais être réfuté que cela est vrai.

Dans les accords de Nouméa de 1998, c’est clairement indiqué que le corps électoral pour les élections provinciales est glissant. Il suffit alors d’une résidence de 10 ans sur le territoire pour être électeur pour les élections provinciales. Par contre, le corps électoral pour voter pour les référendums sur l’indépendance a toujours été gelé.

En 2007, sous la pression des indépendantistes et avec l’accord d’une grande partie des loyalistes, on a changé les règles. Exit la durée de 10 ans, on la remplace par une clause plus restrictive, une arrivée ou une naissance sur le territoire avant 1998. Cela a été fait, sans consulter les Calédoniens, par une révision de la constitution sous la présidence de Jacques Chirac avec le vote des députés et sénateurs toutes tendances confondues. Les parlementaires qui ont voté contre ont été très peu nombreux. On a remplacé une loi anti-démocratique par une loi encore plus anti-démocratique.

La révision de la constitution qui reste à finaliser, ne fait qu'annuler celle de 2007. On revient aux accords de Nouméa.

Christian Bernardi

Doit-on faire un nouveau référendum ?

Voici les nombre de voix des 3 référendums.

Pour le NON  : 78734 en 2018, 81503 en 2020 et 75720 en 2021.
Pour le OUI : 60199 en 2018 , 71533 en 2020 et 2747 en 2021.

Le OUI est très bas en 2021 parce que les indépendantistes ont boycotté le scrutin. Le  NON  est faible 
en 2021 parce que ce référendum avait moins d’enjeu que les autres puisqu’il était boycotté. Il y a eu démobilisation aussi du camp du OUI avec une moindre participation.


Le  NON en 2021, bien que faible,  dépasse le OUI à tous les référendums en particulier celui de 2020 où la mobilisation des 2 camps a été maximum.

Ces chiffres ont été obtenus avec un corps électoral particulièrement favorable au OUI. Pour les 2 premiers référendums, certains calédoniens pensaient que l'on pourrait conserver la nationalité française, en cas d'indépendance. Il est probable que le troisième référendum aurait donné un score beaucoup plus favorable au NON que les 2 précédents. Le Boycott a caché ce fait.

La violence est le seul moyen d’obtenir l’indépendance, même si c’est contre-productif en termes électoraux.

Les indépendantistes refuseront le plus longtemps possible, tous les référendums et toutes les élections, quel que soit le corps électoral.

vendredi 17 mai 2024

Le pari perdu du FNLKS

 


L’infographie ci-dessus a été produite par le journal « Le Monde » d’après les données de l’ISEE.

Les données de l’ISEE sont ici : https://www.isee.nc/population/recensement/communautes. On peut charger le fichier qui a permis de faire cette infographie. C’est celui-ci:
https://www.isee.nc/component/phocadownload/category/278-donnees?download=873:l-evolution-de-la-population-par-communaute-d-appartenance

Une lecture superficielle de cette infographie peut laisser penser que si les kanaks ne sont plus majoritaires en Nouvelle-Calédonie, c’est parce que la Calédonie a été envahie par d’autres ethnies, principalement par les métropolitains. On aurait assisté ainsi au grand remplacement. (Thème cher au FN en métropole). Le journal « Le Monde » l’attribue au boom du Nickel qui a eu lieu entre 1969 et 1972.

Toutefois l’ISEE donne aussi l’évolution de la population en indiquant pour chaque année de 1965 à 2022, le solde naturel et le solde migratoire. C’est dans cette page
https://www.isee.nc/population/recensement/structure-de-la-population-et-evolutions

et c’est ce fichier
https://www.isee.nc/component/phocadownload/category/194-structure-de-la-population-et-evolutions?download=2030:evolution-de-la-population

On voit bien le boom du nickel mais on constate que la population est passée de 88 000 habitants au 1er janvier 1965 à 270 526 habitants au 31 décembre 2022 avec un accroissement naturel de 169 418 personnes et un solde migratoire pratiquement négligeable de 13 108 personnes.

Il y a un paradoxe qu’il faut bien expliquer, d’autant plus que l’on sait que les kanaks ont plutôt plus d’enfants que les européens.

Mon explication est la suivante. L’ethnie d’une personne est déclarée par la personne. On ne fait pas de test ADN pour attribuer une ethnie. Or la population Calédonienne est extrêmement métissée et de plus en plus métissée et ces métis refusent souvent de se dire Kanak ou européen. On les retrouve dans la catégorie « autres » qui a spectaculairement augmentée. Ce déclin de la part des kanaks est simplement le corollaire de l’augmentation du métissage. Il est probable que ces métis sont presque tous non-indépendantistes. En 1998, le pari du FNLKS était que la population calédonienne serait beaucoup plus indépendantiste en 2020 qu’en 1998. Ce pari est perdu à cause du métissage. Et la stratégie qui consiste à miser sur le départ des européens auquel on assiste aujourd'hui n'aura aucun effet pour les mêmes raisons.

Enfin, on peut remarquer que pour voter aux référendums, il fallait être arrivé avant 1988 et cette règle reste en vigueur. Pour voter aux provinciales, il faut être arrivé avant 1998. Le projet de modification de la constitution ramène, de fait, cette limite à 2014 pour les provinciales mais ne peut avoir aucune influence sur les référendums.


mardi 14 mai 2024

Commentaires sur le communiqué de presse de Daniel Goa du 14 mai 2024

 On peut trouver ce texte ici:   https://www.dropbox.com/scl/fi/esqaso97xb69xun3z0q9a/communique_Daniel_GOA_14052024.pdf?rlkey=ywq38qmhrzcd072tf81ue4snw&dl=0

Voici mes commentaires sur ce communiqué de presse.

- Ce n’est pas Daniel Goa qui a rédigé ce communiqué de presse, c’est Mathias Chauchat. Ce communiqué de presse est remarquable dans sa forme et Daniel Goa est totalement incapable de l’écrire.

-Tous les les responsables politiques de Nouvelle-Calédonie se sont exprimés oralement sur les événements en cours, seul Daniel Goa l’a fait par écrit.

- Ce texte présente les incendiaires actuels comme des victimes et non pas comme des délinquants.

- En 1998, l’accord de Nouméa a été voté à une large majorité par les Calédoniens. Il a ensuite été intégré à la constitution française par un vote des deux assemblées réunies en congrès à Versailles. Ce texte prévoyait une durée de résidence de 10 ans pour pouvoir voter aux élections provinciales.

En 2007, les Calédoniens n’étaient pas favorables à la modification de la constitution. C’est pourquoi, ils n’ont pas été consultés sur la modification de la constitution qui a supprimé la durée de 10 ans, pour la remplacer par une durée infinie. Il fallait maintenant être arrivé avant 1998 ou être né sur le territoire avant 1998. Évidemment, les 2 députés et le sénateur de la Nouvelle-Calédonie étaient contre cette modification qui a été votée par le congrès à Versailles.

Aujourd’hui, il y a des personnes de 26 ans qui sont nés sur le territoire qui n’ont toujours pas le droit de vote et qui ne l’auront jamais si cette modification de 2007 n’est pas supprimée. Il en sera de même pour leur descendance si cette  modification de 2007 n’est pas supprimée.

- Daniel Goa écrit « L’état par trois fois a signé des accords dont il était l’instigateur, mais par 3 fois, il les a trahis et reniés. ». Avec qui l’état français a négocié cette modification de 2007 ? Pas avec les Calédoniens qui n’ont même pas été consultés. Pourquoi les Calédoniens seraient tenus de conserver cette aberration antidémocratique. Ce qu’un congrès a fait, pourquoi un autre congrès ne pourrait-il pas le défaire ? Les élus d’aujourd’hui ont pourtant autant de légitimité que ceux de 2007.

- On peut être étonnés de la référence à LECORNU  alors qu’il n’est plus ministre de l’outremer depuis des années. Ce que Daniel Goa reproche à LECORNU, c’est d’avoir écrit qu’en cas d’indépendance, les citoyens calédoniens ne conserveraient pas la nationalité française. Ce que je reproche à LECORNU, c’est de n’avoir écrit cela que pour le troisième référendum. C’est pour cette raison qu’il y a eu un boycott du troisième référendum. Et c’est encore pour cette raison que l’UC ne demandera plus jamais, même dans 10 ou 20 ans, la tenue d’un nouveau référendum.

- Les autres composantes du FNLKS ont accepté des discussions à Paris et en Nouvelle-Calédonie pour discuter du futur statut de la Nouvelle-Calédonie comme le prévoit l’accord de Nouméa en cas de réponse négative aux 3 référendums. L’UC, à ce jour, a toujours refusé la discussion. Elle a ouvertement dit qu’elle arriverait à ses fins par la violence. 

- Pour ce faire, ces événements ont été minutieusement préparés et annoncés. Daniel Goa et l’UC ont été en première ligne pour le faire. Ils ont minutieusement enflammés des jeunes en perte de repères.

- Le slogan « Ici, c’est Kanaky » nie carrément la volonté de tous ceux qui, kanaks ou non-kanaks ont choisi majoritairement la France à 3 reprises.

- L’histoire de la décolonisation de la Calédonie est présenté comme un dialogue entre les indépendantistes et la France. Les autres communautés dont les kanaks non-indépendantistes  n’ont pas de place dans ce dialogue. Il est d’ailleurs indiqué en fin de ce document que leur destin est d’aller en France. « Ceux qui ne nous aiment pas ou ne veulent pas nous reconnaître ont un grand et merveilleux pays où ils pourront s’épanouir. »
Ces personnes sont nés en Nouvelle-Calédonie et pour certains, leurs ancêtres n’ont jamais connu la métropole. Pour Daniel Goa leur place n’est pas en Nouvelle-Calédonie mais en métropole.