lundi 25 septembre 2017

L'économie Calédonienne

Quand je suis arrivé en Nouvelle-Calédonie, il y 18 ans, la richesse des Calédoniens m'a surpris. Ayant un bon diplôme et un bon parcours professionnel,  je m'attendais à être parmi les plus riches. Ce n'était pas le cas. A qualification professionnelle égale, on est beaucoup plus payé en Nouvelle-Calédonie qu'en France. C'est vrai pour les fonctionnaires dont l'indexation est de 1,73 à Nouméa et de 1,94 en dehors de Nouméa, mais c'est vrai aussi pour les professions libérales (avocats, médecins, kiné, etc.)  et plus généralement pour toutes les personnes qualifiées.
Ce qui m'a encore plus surpris, c'est le niveau de patrimoine des Calédoniens d'origine européenne. Le patrimoine médian me paraît vraiment très supérieur à celui des métropolitains. Il serait intéressant de faire une étude sur ce sujet. On pourrait également mesurer la corrélation entre la date d'arrivée de l'ancêtre venant d'Europe et le niveau de patrimoine.

Donc les Calédoniens se portent bien, mais est-ce que l'économie de la Nouvelle-Calédonie se porte aussi bien ? Dans un article paru dans « Les nouvelles » du 25 septembre, on trouve des chiffres très alarmants. L'économiste Olivier Surdrie dit :
« Idéalement, un pays est autonome quand il exporte autant qu’il importe. Un pays complètement indépendant a un taux de couverture des imports par les exports de 100 %. Le Fonds monétaire international préconise de ne pas descendre en dessous de 95 %, sinon, on risque de faire face à des problèmes de financement de la balance des paiements. Ici, on est à 40 %. Le nickel, à lui seul seul, compense 25 % des importations. Être autonome, c’est également être autonome budgétairement. Sur la période 2006-2014, le nickel contribue à 9 % de la richesse, et sur cette même période, il n’a contribué qu’à 2,5 % des prélèvements obligatoires. » 
(…)
Les transferts ne seront plus orientés à la hausse, c’est évident. Il faudra, de plus en plus, compter sur nos propres forces. Les dépenses publiques représentent environ 56 % du PIB. La Nouvelle- Calédonie en finance 34 ou 35 %, et l’État apporte le reste. Si ce dernier se retire brutalement, on est mort, mais je ne crois pas à un retrait brutal. Ce qui est certain, c’est qu’il faudra de plus en plus de ressources propres. En premier lieu, ce qui se substituera, selon moi, et d’une manière durable, ce sont les gains de productivité, qui pourraient être convertis en baisse des prix, ce qui constituerait un gain de compétitivité. »

Voilà, où nous a amené la politique de protectionnisme. Tout le monde sait que le protectionnisme est un frein majeur aux gains de productivité. Parler de gains de productivité sans dire comment on les obtient, c'est se voiler la face. Il est urgent de démanteler la politique de protectionnisme, mais ce n'est pas ce que fait la Nouvelle-Calédonie. Bien au contraire, en protégeant l'emploi local, elle accentue ce protectionnisme et augmente mécaniquement les pertes de productivité. 

Si l'état n'augmente pas sa participation, ce qui paraît peu probable, il ne reste pas beaucoup de solutions. J'en vois 4 : 
1- Dévaluer le franc CFP, ce qui améliorerait mécaniquement la productivité.
2- Augmenter massivement le niveau professionnel des Calédoniens. Cela passe par un gigantesque plan de formation. En effet, ce qui grève le plus la productivité de la Calédonie, c'est le faible niveau de qualification des Calédoniens. Le défaut de cette mesure, c'est qu'elle mettra du temps à porter des fruits et que dans un premier temps, cela va coûter cher.
3-Baisser les salaires notamment par la désindexation des fonctionnaires. 
4-Augmenter les impôts redistributifs (impôt sur le revenu, impôt sur le capital, impôts sur les successions), afin qu'ils soient au moins au même niveau qu'en métropole. Cela permettrait mécaniquement de diminuer la contribution de l'état en augmentant les recettes de la Nouvelle-Calédonie.

 Revenons sur le sujet de la désindexation des fonctionnaires.  Olivier Surdrie dit : « Désindexer les revenus des fonctionnaires d’État, et par voie de conséquence, diminuer la rémunération des fonctionnaires territoriaux, c’est prendre le risque d’une diminution importante de la demande. C’est donc moins de production, et, selon mes calculs, dans l’hypothèse d’une désindexation totale et immédiate, la conséquence serait - 11 % de PIB. On ne peut pas se permettre ce chiffre. Quant à une éventuelle baisse des prix, qui dit qu’elle sera de l’ordre de 5 ou de 10 % ? Je pense que c’est dangereux tant qu’on n’a pas tout mesuré. Des chocs négatifs, en Nouvelle-Calédonie, on n’en a pas besoin en ce moment. » 

Cet argument est éculé. On aura une baisse de la demande, seulement si l'argent qui servait à la sur-rémunération des fonctionnaires est purement et simplement supprimé de l'économie calédonienne. Si, par contre, il sert à financer d'autres projets comme le grand plan de formation dont j'ai parlé plus haut ou le logement social, il ne devrait pas y avoir un effondrement de la demande. Si cet argent va d'une manière ou d'une autre aux plus pauvres, il y aura, au contraire, mécaniquement,  une stimulation de la demande car les catégories les plus pauvres ont une propension à consommer supérieure à celle des catégories plus riches. Si, cet argent est employé, pour améliorer la productivité de l'agriculture, on aura un double effet de levier en diminuant les importations de fruits et légumes et en stimulant la demande par des prix plus bas.
On n'a jamais besoin de chocs négatifs, mais Olivier Surdrie ne fait aucune proposition pour améliorer les gains de productivité et sortir du cercle vicieux dans lequel la Nouvelle-Calédonie, s'est enfoncée.
Continuons dans la voie du protectionnisme et un jour ou l'autre nous aurons une dévaluation massive et cela, quel que soit le résultat du référendum de 2018.

Christian Bernardi

L'Union européenne, la France ou la Nouvelle-Calédonie

Voici un extrait d'un interview donné le 14 septembre par Jean Tirole au journal « Le Monde » :

« L’Europe est-elle une nécessité ?
Nous avons besoin de l’Europe. Nous n’existons pas au niveau international sans elle, que ce soit du point de vue diplomatique ou économique. Mais pour cela, nous devons reconstruire le rêve européen, c’est-à-dire une volonté de vivre ensemble avec des lois communes.
Je vois que la tendance générale, c’est plutôt le chacun-chez-soi. On ne veut pas d’étrangers, de migrants, de ceci, de cela. Et ce ne sont pas uniquement les laissés-pour-compte de la mondialisation qui tiennent ce discours. Or, comme la quasi-totalité des économistes, je pense que le protectionnisme est une mauvaise politique. Il diminue le pouvoir d’achat des gens qui n’ont pas accès aux produits du monde entier et crée des monopoles. Au bout d’un certain temps, ceux-ci n’innovent plus et produisent à des coûts très élevés. C’est un jeu à somme négative, puisque le monde devient protectionniste dès lors que vous l’êtes vous-même. »

La volonté de vivre ensemble avec des lois communes est une aspiration quasiment universelle. Seulement, chacun a sa propre idée sur l'ensemble concerné. Ce peut être l'Union Européenne, la France ou la Nouvelle-Calédonie. Toute la construction européenne consiste à étendre le champ d'application des lois communes. Pour les partisans de l'Europe, l'objectif est d'avoir un état fédéral comme les États-Unis d'Amérique. Cela passe, entre autres, par une harmonisation fiscale et sociale. Le président de la République a toujours affiché sa volonté de relancer la construction européenne. Dans son très important discours du 7 septembre à Athènes, il dit que c'est son principal projet politique. Ce discours est beaucoup trop long pour être cité in-extenso, mais en voici un extrait significatif :

« C’est cela, l’histoire de la décennie qui s’achève : une forme de guerre civile interne où on a voulu regarder nos différences, nos petites trahisons et où nous avons en quelque sorte oublié le monde dans lequel nous étions ; où nous avons préféré corriger ces petites différences et ces petites trahisons en oubliant que, face à nous, il y avait des puissances radicalement différentes et que la seule question qui nous était posée, c’est : comment faire de la zone euro une puissance économique qui puisse tenir, face à la Chine et face aux États-Unis ? Comment faire de notre Europe une puissance diplomatique et militaire qui puisse défendre nos valeurs et nos intérêts, face à des régimes autoritaires qui émergent des crises profondes qui peuvent nous bousculer. C’est cela notre seul défi, et pas un autre.
Alors oui, je veux que nous retrouvions, par la réconciliation d’une Europe qui sait conjuguer à nouveau la responsabilité et la solidarité, la force d’une souveraineté qui ne soit pas que nationale mais bien européenne. »

Il y a, en France, des gens qui rejettent cette idée d'aller vers une souveraineté européenne et ils sont nombreux. L'extrême-droite et l’extrême-gauche sont clairement contre. Et certains voudraient, même, au contraire que la France sorte de l'Union Européenne. Mais, sur ce point, le programme d'Emmanuel Macron était très clair et il a donc la  légitimité pour faire ce qu'il préconise.
Si par exemple, nous arrivons à une harmonisation fiscale en Europe, la voix de n'importe quel européen (par exemple, un Italien) aura autant de poids que celle d'un Français pour faire évoluer la fiscalité française puisque cette fiscalité serait celle de l'Union Européenne toute entière. La solidarité et les lois communes vont de pair. Dans l'Union Européenne, par construction, les lois communes s'imposent et l'emportent sur les lois de chaque état.
Les premières lois communes et les plus fondamentales sont celles de la libre circulation des biens et des personnes à l'intérieur de l'Union Européenne, celles qui donnent les mêmes droits en matière d'emploi à tous les citoyens européens.
Au contraire, la très grande majorité des citoyens calédoniens considèrent que les lois de la Nouvelle-Calédonie doivent être faites par les seuls citoyens calédoniens. C'est logique pour les indépendantistes mais c'est aussi le cas de la plupart des loyalistes. Comment peut-on vouloir que la Calédonie fasse partie de la France, demander une solidarité, notamment financière aux français de métropole, mais refuser la solidarité inverse ? Les Calédoniens revendiquent de voter les lois de la république française, notamment en élisant des députés, mais ils n'admettent pas que les zoreilles puissent voter en Nouvelle-Calédonie. Ils demandent, quand ils sont en métropole, d'avoir le même droits que les métropolitains mais ils ne veulent pas que les zoreilles aient les même droits qu'eux en Nouvelle-Calédonie. C'est choquant. La solidarité qui caractérise une nation, ils n'en veulent pas ou plutôt, ils la veulent entre citoyens calédoniens.
Un Calédonien est chez lui en France alors qu'un Français est avant tout un étranger en Nouvelle-Calédonie.  Je me demande, finalement, ce que cela veut dire être loyaliste. Est-ce seulement exiger que les Français comblent les déficits de la Nouvelle-Calédonie, est-ce une solidarité à sens unique ?

L'histoire de l'Union européenne c'est une marche vers l'intégration, c'est une marche de convergence des peuples, c'est une marche pour constituer une nation. Dans le même temps, l'histoire de la Nouvelle-Calédonie dans la France, c'est une marche de divergence de plus en plus accentuée. Aujourd'hui, il y a déjà une plus grande solidarité entre un Français et un Belge, qu'entre un Français et un Calédonien. Il y a un parlement européen où l'on peut établir des lois communes à l'Union Européenne. Si les Calédoniens décidaient d'entrer dans l'Europe, ils pourraient le faire, mais ils ne le veulent pas car cela supposerait que les lois votées par le parlement européen s'appliqueraient automatiquement à la Nouvelle-Calédonie. Pour la même raison, même les Calédoniens qui se disent loyalistes ne veulent pas que les lois votées en France s'appliquent en Nouvelle-Calédonie. Par exemple, ils veulent que les impôts soient décidés par le congrès et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et ne soient pas les mêmes que ceux des Français. Michel Rocard disait « L'indépendance, vous l'avez déjà ». C'est une évidence et le vote du référendum de 2018 ne changera rien à cet état de fait.
Je pense que quel que soit le résultat du référendum, il y aura, un jour, un divorce total entre la France et la Nouvelle-Calédonie, soit parce que les français de métropole finiront par se lasser de payer pour un état indépendant de la France, soit parce que l'Union Européenne n'acceptera plus que les Calédoniens profitent des avantages de l'Europe pendant que la Nouvelle-Calédonie refuse d'entrer dans l'Europe. Il y aura un rejet de la Nouvelle-Calédonie car les Calédoniens ont déjà rejeté les Français et les Européens.

Christian Bernardi

samedi 9 septembre 2017

La protection de l'emploi local est incompatible avec l'appartenance à la nation française et à l'Union européenne

Il y a beaucoup d'arguments pour la protection de l'emploi local, mais tous ces arguments, sans exception, sont aussi valables pour chacune des entités qui constituent la France.
Les arguments valables pour la Nouvelle-Calédonie sont tout aussi valables pour la Guyane, la Réunion, la Corse, et chacun des départements français tels que la Creuse, la Lozère ou le Finistère.
Dans toutes les parties de la France où cette revendication existe, elle est portée par les indépendantistes. Seule la Nouvelle-Calédonie fait exception, en ce sens que cette revendication est portée aussi par des personnes qui se disent loyalistes.
En vérité, beaucoup de Calédoniens se disent loyalistes, mais, dans leur cœur, ils ne veulent pas s'intégrer à la population française. Ils ne sont pas solidaires des français de toute origine. Ils se considèrent, par essence, seuls habilités à diriger la Nouvelle-Calédonie.
Je suis né à Marseille, j'y ai vécu 20 ans, puis j'ai vécu 30 ans en région parisienne, et enfin 18 ans en Nouvelle-Calédonie. A Marseille, comme dans la région parisienne, l'origine de chacun n'a aucune importance dans la vie sociale ou politique. En Calédonie, il en est tout autrement.

18 ans ce n'est pas rien. Un jeune qui est né le jour de mon arrivée en Nouvelle-Calédonie est aujourd'hui majeur. Moi, avec une expérience politique de la Nouvelle-Calédonie, dans les faits, beaucoup plus longue et plus réfléchie, je suis toujours mineur politiquement car je n'ai pas le droit de vote pour les élections provinciales et surtout beaucoup de Calédoniens me considèrent moins légitimes qu'eux.
Certains se croient particulièrement légitimes parce qu'ils ont un ancêtre arrivé au 19° siècle. C'est oublier que cet ancêtre était un zoreille. Et donc refuser à un zoreille une légitimité que l'on s'accorde au nom d'un autre zoreille, c'est un peu ridicule.
En Nouvelle-Calédonie, l'importance du lieu de naissance et de son origine ethnique est fondamentale. Ce qui, en métropole serait considéré comme une discrimination insupportable et punie par la loi est ici considéré comme normal. Est-ce qu'un Wallisien mérite moins de trouver un emploi qu'un Kanak, un Zoreille qu'un Caldoche ? Le Caldoche est déjà outrageusement avantagé par ses nombreuses relations. Pourquoi le surprotéger ? Pourquoi rajouter de l'injustice à l'injustice ?

Sur mon passeport, il y a marqué Union européenne, République française. Je suppose qu'un loyaliste espère que son futur passeport aura les mêmes inscriptions. Il faut savoir que cela veut dire que, face à l'emploi, qu'il soit public ou privé, tous les européens ont les mêmes droits dans toute l'Union européenne. Même pour être fonctionnaire en France, il suffit d'être européen. On n'a plus besoin d'être français.
Il y a une logique indépendantiste et dans cette logique, sur le futur passeport des Calédoniens, il y aura indiqué : République de Nouvelle-Calédonie (ou de Kanaky). Dans cette logique, la protection de l'emploi local est normale.
Dans l'accord de Nouméa, il est indiqué la volonté d'une protection de l'emploi local. C'est normal car la logique de l'accord de Nouméa, c'est une marche vers l'indépendance. Toutefois, il ne saurait être question de pérenniser la situation de l'accord de Nouméa qui est, par construction, provisoire.
Si l'on tient par dessus tout, à la protection de l'emploi local, il faut avoir le courage de voter pour l'indépendance.
Si, on se dit loyaliste, il est honteux de vouloir faire des distinctions entre les Français,

Fondamentalement, accepter la protection de l'emploi local au sein de la République française, c'est remettre en cause la notion même de nation française et d'Union Européenne. C'est dire combien cette question est importante.

Christian Bernardi

jeudi 10 août 2017

Les corollaires d’un état fédéral

On a beaucoup parlé dans les journaux d’une proposition de Jean-Jacques Urvoas sur le futur statut de la Nouvelle-Calédonie. Si j’ai bien compris, il propose de faire un état fédéral dans lequel, il y aurait 2 états, la Calédonie et le reste des territoires français. Évidemment, cela peut paraître bizarre pour la disproportion de taille entre les 2 états qui composerait cette fédération, mais cela n’est pas rédhibitoire. Il est même possible que certaines  régions françaises demandent, par la suite, le même statut que la Nouvelle-Calédonie, qui se caractérise par une très large autonomie. 
Toutefois, dans un état fédéral, si un habitant déménage d’un état vers l’autre, par exemple de la Floride vers la Californie, il est immédiatement soumis aux règles de son lieu d’habitation. Dans notre exemple, il devient instantanément un Californien à part entière.
Cela voudrait dire qu’un Français se déplaçant de Marseille à Nouméa, ou de Tahiti à Nouméa aurait immédiatement le droit de vote aux élections provinciales, exactement comme il a immédiatement le droit de vote dans sa nouvelle commune. Avec ce déménagement, il aurait instantanément la citoyenneté Calédonienne. C’est ce qui se fait déjà pour presque tout, les impôts, par exemple.
Les règles de priorité à l’emploi local n’auraient pas à être changées, mais elles en seraient profondément affectées. Le postulant à un emploi en Nouvelle-Calédonie passerait après les autres tant qu’il n’aurait pas déménagé en Nouvelle-Calédonie. Ce déménagement fait, il aurait les mêmes droits que les autres Calédoniens.
Ceci devrait être possible pour tous les européens, ce qui permettrait de respecter le traité de Rome.
Aujourd’hui, il y a une dissymétrie de droits entre un les Calédoniens et les autres Français. Christian Karembeu quand il s’est installé en Corse, a eu immédiatement les mêmes droits que les Corses. Moi qui suit d’origine Corse, après 18 ans de résidence en Nouvelle-Calédonie, je n’ai pas les mêmes droits que les Calédoniens. Un juriste, qui ne connaîtrait pas l’histoire, en déduirait que c’est la Nouvelle-Calédonie qui a colonisé la France et non l’inverse.
L’état fédéral corrigerait cette anomalie.

L’état fédéral résoudrait le problème de la nationalité. Tous les calédoniens conserverait la nationalité française. 
 Au contraire, la revendication d’indépendance ouvre un imbroglio pour la question de la nationalité. A mon avis, c’est un abus de langage de parler aujourd’hui d’indépendance, on ferait mieux parler de sécession. Quand l’Inde est devenue indépendante, ses habitants n’avaient pas la nationalité du Royaume-Uni. De même les Algériens n’avaient pas la nationalité française. L’indépendance de la Californie s’apparenterait plus à une sécession comme l’a fait l’Irlande, comme pourrait le faire le Québec, la Catalogne ou l’Écosse. Dans les cas de sécession, la règle habituelle est que les habitants perdent la nationalité ancienne pour acquérir la nationalité du nouveau pays. 
Les Irlandais n’ont pas conservé la nationalité du Royaume-Uni.
Je ne vois pas de raison de ne pas faire de même en cas de sécession de la Nouvelle-Calédonie. Il me semble que les citoyens Calédoniens devraient avoir le droit de choisir entre la nationalité calédonienne et la nationalité française mais pas de conserver les deux.
Il me semble aussi que les partisans de l’indépendance restent très flous sur cette question de nationalité. 
En tout cas, ils devraient savoir que les règles qui fixent la nationalité française sont, par définition, définies par la république française, pas par la Nouvelle-Calédonie, qui serait devenue indépendante. 
Si un statut d’état fédéral est choisi, il restera à déterminer les impôts et les compétences fédérales. Il serait également très importants de savoir si les lois sociales, s’appliquent au niveau fédéral ou au niveau de chaque état. 

Christian Bernardi

lundi 7 août 2017

Le clivage et la stagnation

La Nouvelle-Calédonie jouit d’une très grande autonomie, à tel point que Michel Rocard, en visite à Nouméa, a pu dire « L’indépendance, mais vous l’avez déjà ! ». Et c’est vrai que la Calédonie a son propre gouvernement et son propre parlement qui vote les lois et qui fixe les impôts qui sont assez différents de ceux de la France.
Parlons des compétences régaliennes. Le franc Pacifique est arrimé à l’Euro par une parité fixe. La France n’a pas plus la maîtrise de sa monnaie que la Nouvelle-Calédonie. 
La défense ? Très probablement, en tout cas je l’espère, la défense française va se fondre dans la future défense européenne.Est-ce que la Nouvelle-Calédonie a besoin d’une armée ? 
La police, la justice  ? Il est probable que même si la Calédonie devenait indépendante, elle demanderait l’aide de la France sur ces sujets. Est-ce que la Calédonie a les moyens d’avoir son propre code civil, de former ses magistrats, huissiers etc ? 
De toutes façons, cette question des compétences régaliennes doit être tranchée par le référendum  de 2018, suivi éventuellement de 2 autres référendums.
On peut donc dire que la question de l’indépendance est quasiment réglée.

Et pourtant, la plupart des Calédoniens votent d’abord en se réclamant du camp indépendantiste ou du camp loyaliste. Et ceci quelle que soit l’élection, même s’il s’agit d l'élection pour les députés européens, par exemple.

Ceci peut paraître absurde, mais en réalité cette situation est voulue par une très grande partie de la classe politique calédonienne et les électeurs réagissent en suivant ce schéma.
En France métropolitaine, le débat politique est formatée par l’opposition droite-gauche. En Nouvelle-Calédonie l’opposition loyalistes-indépendantistes recouvre l’opposition droite-gauche mais en diffère toutefois. Le camp loyaliste réunit tous les partis de droite, mais pas seulement. 
Le camp indépendantiste se situe à gauche, plus par opposition au camp loyaliste que par conviction profonde, d’où la faible implication dans les élections nationales. Enfin, il y a une partie non négligeable des électeurs qui se sentent idéologiquement de gauche ou du centre, mais qui sont viscéralement contre l’indépendance. 
Tout ceci fait que la gauche est beaucoup plus faible que la droite dans toutes les élections.
Il s’ensuit que les réformes de gauche sont très rares.
Par exemple, la première mesure de Nicolas Sarkozy a été de baisser les droits de succession. Le gouvernement d’Harold Martin a immédiatement baissé aussi les droits de succession qui étaient déjà plus faibles qu’en Métropole. La première mesure de François Hollande a été d’augmenter les droits de succession. Il ne s’est évidemment rien passé de tel en Nouvelle-Calédonie.
 C’est la raison principale pour laquelle la Nouvelle-Calédonie  affiche un retard énorme et toujours grandissant avec la Métropole en matière sociale et que les inégalités en Nouvelle-Calédonie sont 3 fois plus importantes qu’en Métropole.

Le clivage en matière institutionnelle a conduit à la stagnation sociale.

On comprend que la droite se satisfasse de cette situation. Ce sont les autres qui doivent absolument changer de stratégie. 
Il semble que le parti socialiste, en Nouvelle-Calédonie, a enfin compris que son association systématique avec les indépendantistes, lors des élections, était une erreur stratégique. Je crains que son changement de nom et les déclarations récentes de son secrétaire, ne suffisent pas à effacer, pour les calédoniens, son image d’auxiliaire des indépendantistes.
Les leaders indépendantistes doivent s’interroger. Pour certains, le discours anti-français sert à masquer leur insuffisance idéologique et leur incapacité à gérer. Je pense toutefois que la grande majorité des leaders indépendantistes sont responsables et conscients qu’ils représentent une population défavorisée. J’espère qu’ils comprendront que leur devoir prioritaire est, maintenant, de faire progresser la Nouvelle-Calédonie dans le domaine social. De toutes façons, il est peu vraisemblable que la Calédonie qui est allée extrêmement loin dans le domaine de l’autonomie, aille plus loin dans cette voie.

Enfin, il y a aujourd’hui, la place en Nouvelle-Calédonie, pour un parti qui soit clairement beaucoup   moins à droite que les partis loyalistes. La République En Marche pourrait prendre ce créneau. Politiquement, en Métropole, elle est positionnée au centre. Le centre, en métropole, c’est plutôt la gauche en Nouvelle-Calédonie car l’électorat moyen est bien plus à droite en Nouvelle-Calédonie qu’en Métropole. LREM ne s’est pas encore compromis dans le combat entre loyalistes et indépendantistes. Et donc LREM peut accueillir des indépendantistes et des loyalistes. C’est, d’ailleurs, ce qui s’est passé au second tour de la présidentielle : Des indépendantistes et des loyalistes ont appelé à voter pour le même candidat, Emmanuel Macron.
LREM peut préserver cette position unique à condition de se concentrer sur le domaine social, où il y a tant à faire et rester silencieux sur le domaine institutionnel qui a déchiré les Calédoniens, mais qui devrait être un sujet du passé dans très peu d’années. 
Toutefois LREM a de très grandes faiblesses pour devenir un parti important et même le plus important en Nouvelle-Calédonie. La faiblesse la plus évidente est son organisation interne. Au moment où ce texte est écrit, toutes les réflexions et toutes les décisions sont prises par un petit noyau autour d’Emmanuel Macron. En Calédonie, Il n’y a pas véritablement une réflexion et un vrai parti. Il y a, pour le moment, seulement des supporters d’Emmanuel Macron. Or ce n’est pas de Paris que viendront les propositions et les hommes qui feront les futures lois de la Nouvelle-Calédonie.  C’est cette faiblesse qui a empêché LREM d’investir des candidats aux législatives. J’espère que ce parti calédonien se constituera rapidement. S’il ne constitue pas en association avec La République En Marche, il est fort possible et même probable qu’un autre parti se positionnant sur le même créneau, voit le jour. 

Christian Bernardi

mercredi 2 août 2017

La colonisation en Calédonie : Un crime contre l’humanité ?

Emmanuel Macron a déclaré en février 2017 que la colonisation était un crime contre l’humanité. Même s’il répondait à une question d’un journaliste algérien, il n’y a aucune raison de penser que cette phrase s’appliquerait moins à la Nouvelle-Calédonie qu’à l’Algérie.
A l’heure actuelle, la notion de crime contre l’humanité est associée à la notion de génocide.
En Tasmanie, il y a eu vraiment un génocide organisé des aborigènes. On peut donc dire que la colonisation de l’Australie a été un crime contre l’humanité. Comme il n’y a pas eu de génocide envers les Kanaks, on ne peut pas parler de crime contre l’humanité, par contre, on pourrait parler d’attentats contre l’humain comme Jean Jaurès.

La prise de possession de la Nouvelle-Calédonie l’a été par la force, par la guerre. La guerre est un crime ordinaire des peuples. Avant l’arrivée des européens les Kanaks se faisaient constamment la guerre. Après la prise de possession par la France, ces guerres n’ont pas cessé et l’administration coloniale restait assez indifférente. Par contre, si un européen était tué, une expédition punitive était organisée, le plus souvent avec l’aide de certaines tribus Kanakes. Il y avait un double but, d’une part la punition exemplaire devait être dissuasive, d’autre part c’était l’occasion de confisquer les terres des tribus dont certains membres avaient participé au meurtre d’un européen. C’est en partie ainsi que l’administration coloniale a obtenu les terres qu’elle a redistribué aux colons.
A coté de ces crimes ordinaires, il y a eu le régime de l’indigénat, qui est vraiment un crime contre l’humain car c’est celui d’une vision raciste de l’humanité. Il y avait d’un coté la race supérieure, la race blanche et d’un autre coté les races inférieures, celle des indigènes colonisés.
Juridiquement, cette vision raciste s’est traduite par le code de l’indigénat. C’est un document qu’il faut absolument avoir lu. On y détaille les droits et devoir des indigènes, par exemple le droit de circuler était réglementé. Pratiquement, sauf exception, les Kanaks n’avaient pas le droit se sortir de leur tribu. Ils devaient, à l’administration coloniale, un certain nombre de jours de travail gratuit. On comprend bien, à travers ce document, que les indigènes font partie d’une race inférieure.

Le code de l’indigénat a été abrogé en 1946 et les kanaks sont devenus des citoyens français comme les autres avec les mêmes droits de vote. Il n’y a pas eu un collège électoral particulier pour les kanaks.
En Afrique noire et en Algérie, le code de l’indigénat a également été abrogé mais les indigènes ne sont jamais devenus des citoyens français comme les autres. En Afrique noire, il était évident que les indigènes n’avaient pas vocation à devenir des citoyens français. C’est pourquoi, la question de l’indépendance ne s’est pas vraiment posée. Il était clair, pour tout le monde, que ces colonies devaient, à terme, devenir des états indépendants. La seule question qui se posait était celle de l’organisation de cette indépendance.
En Algérie la situation était plus ambiguë. Il y eu un collège électoral propre aux indigènes et ces indigènes n’ont jamais eu la nationalité française. Cette situation reflétait l’indécision de la France. Beaucoup de Français, voulaient que l’Algérie fasse partie de la France, mais la majorité ne voulait pas que les algériens musulmans deviennent des citoyens français.
Finalement, la seule solution raisonnable l’a emporté : celle de l’indépendance. Si on avait écouté les partisans de l’Algérie Française et que l’on avait accordé la nationalité française à tous les Algériens, il y aurait aujourd’hui plus de français musulmans que de français chrétiens. On aurait, une frontière immense, celle de l’Algérie par laquelle tous les migrants d’Afrique pourraient entrer en France.
Il faut également dire que les bienfaits de la colonisation en Nouvelle-Calédonie, ont été immenses. La paix, l’éducation, la santé, le confort et surtout les valeurs modernes comme l’égalité entre hommes et femmes et la démocratie ont été apportés en Calédonie en même temps que la colonisation.
La colonisation est bien terminée mais les séquelles sont bien présentes.
La répartition des terres entre les Kanaks, les descendants de colons et le domaine public (états, provinces, communes) est une de ces séquelles.
Le fait qu’il subsiste un régime de droit coutumier, réservé aux seuls Kanaks, est également une séquelle de cette colonisation.
Je reviendrais dans d’autres articles sur chacun de ces 2 points, car ils méritent chacun un développement plus important.

Pour finir, un avis sur le rôle de la France dans la colonisation n’implique aucun jugement moral sur les français d’aujourd’hui. Chacun est responsable de ses actes et seulement de ses actes. De même qu’un allemand d’aujourd’hui n’est pas responsable de ce qu’a pu faire l’Allemagne nazie, un Français d’aujourd’hui n’est pas responsable de la rafle du Vél d’Hiv ou de la colonisation de la Nouvelle-Calédonie, ni de ses aspects positifs, ni de ces aspects négatifs.

Christian Bernardi

lundi 24 juillet 2017

Boycott du référendum : Le prétexte

Il y a actuellement des manifestations pour que les Kanaks soient automatiquement inscrits sur les listes électorales pour le référendum de 2018.
L’accord de Nouméa explicite très précisément le corps électoral pour le référendum et il n’y est nullement question d’une inscription automatique. On peut donc dire que ceux qui revendiquent cette extravagance ne respectent pas la démocratie, car ils remettent en cause un texte voté à une large majorité. Pour ceux qui sont signataires de l’accord de Nouméa, c’est, de plus, un reniement de la parole donnée.

A priori, cette revendication paraît totalement absurde. 
L’inscription sur les listes électorales est une démarche volontaire. Il faudrait changer la constitution pour rendre une inscription automatique, ce qui paraît presque impossible. Par contre, on peut s’inscrire sur les listes électorales jusqu’au 31 décembre 2017. C’est une démarche gratuite et aisée.
Donc, s’il y a des kanaks qui ne sont pas inscrits et qui désirent le faire, ils n’ont qu’à le faire. Si certains pensent qu’ils ont besoin d’aide pour le faire, ils peuvent leur apporter cette aide très facilement. Dans ces conditions, ce serait témoigner beaucoup de mépris pour les personnes qui ne veulent pas s’inscrire que de les inscrire de force.
De plus, pour voter, il ne suffit pas de s’inscrire sur une liste électorale, il faut vraiment aller voter le jour du vote. Si des personnes n’ont pas la motivation pour aller s’inscrire sur une liste électorale, pourquoi auraient-elles la motivation pour aller voter ? Une inscription sur les listes électorales, on n’a besoin de la faire qu’une fois dans sa vie (si on vote toujours dans la même commune) et on peut la faire quand on veut. Voter, c’est à des jours fixés, et c’est assez souvent. Rien que pour le référendum d’indépendance, trois votes peuvent être nécessaires.

Alors pourquoi cette revendication ? Pour moi, il s’agit simplement d’un prétexte pour justifier le boycott du référendum. Et à quoi pourrait bien servir le boycott, voire l’annulation du référendum ? Cela ne servirait pas la cause de l’indépendance qui n’aurait pas avancé d’un iota. 
En effet, il resterait la seule voie de la violence. Or cette voie n’a aucune chance d’aboutir à l’indépendance, comme l’expérience l’a montré.
La vérité, c’est qu’il existe des politiques et ils sont nombreux dans les 2 camps, qui n’ont pas de réformes à proposer aux Calédoniens, ni en terme d’avancées sociales, ni sur aucun autre plan mais qui se complaisent à débattre éternellement de l’indépendance. Sans ce conflit, leur inconsistance serait flagrante et ils finiraient par disparaître du paysage politique. Si le référendum avait lieu et que son résultat était extrêmement clair, cette question de l’indépendance pourrait être dépassée et les Calédoniens pourraient se consacrer à d’autres choses, à faire diminuer les inégalités, par exemple.